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Angl. Symbiotic

Esp. Simbiótico

→ durable (développement), collapsologie, effondrement, viabilité

 

L’adjectif qualifie ce qui constitue ou entretient une symbiose (du grec syn, « ensemble », et bios, « vie »), c’est-à-dire l’association stable et réciproquement profitable de deux ou plusieurs organismes, par exemple les algues et les champignons, selon le terme élaboré en 1879 par le mycologue allemand Anton de Bary. Par analogie, le terme désigne aussi  l’union qui lie étroitement deux ou plusieurs personnes (« vivre en symbiose ») et, plus généralement, les interactions fusionnelles  entre plusieurs facteurs, comme le progrès scientifique et le progrès technique dans l’évolution des sociétés, ou l’étroite collaboration entre plusieurs acteurs comme les entreprises, l'administration étatique et telle ou telle organisation civile (chercheurs, communicants, humanitaires, etc.).

Une nouvelle notion a été proposée par Isabelle Delannoy, qui l’apparente au programme de développement durable à l’horizon 2030 adopté par le Sommet des Nations Unies consacré aux questions de développement durable pour l’après-2015. Le document se définit comme un plan d’action pour l’humanité, la planète et la prospérité fondé sur 17 objectifs de développement durable et 169 cibles. Le plan prolonge les objectifs du Millénaire pour le développement et vise à réaliser ce que ceux-ci n’ont pas atteints, en s’étendant notamment aux droits de l’homme universels, à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles. Ces objectifs veulent intégrer les trois dimensions du développement durable : économie, société et écosystèmes.

La « symbiotique » conçue par Isabelle Delannoy, spécialiste du développement durable, désigne une économie non polluante intégrée dans les cycles écologiques naturels. L’« économie symbiotique » est présentée comme unique alternative viable au capitalisme (L’Economie symbiotique, Actes Sud, 2017), Divers chercheurs abondent en ce sens, comme  François Vuille, directeur du développement au Centre de l’énergie de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), pour qui « L’économie symbiotique est la seule théorie réellement intégrative des économies soutenables, offrant un vaste champ de recherche sur ses applications dans tous les domaines économiques. Etudier l’économie symbiotique est d’un intérêt majeur pour une transition vers une société réellement soutenable ».

De par sa connotation biologique, la notion renvoie à la coexistence entre deux « symbiotes » et désigne notamment des organismes pluricellulaires issus de la symbiose entre unicellulaires. Dans le domaine social, elle renvoie notamment à la conception mutualiste élaborée dans la seconde moitié du XIXe siècle au moment où se forment les premières mutuelles créées par le mouvement ouvrier, que le socialiste libertaire Pierre-Joseph Proudhon nommera « mutuellisme » en 1865.

On le voit, l’idée n’est pas neuve et resurgit dans les années 1970 avec le rapport scientifique The Williamstown Study of Critical Environmental Problems remis au président américain Nixon. Le rapport met en garde quant à la possibilité d’une mutation climatique due à la pollution. En France, le mathématicien Alexandre Grothendieck (médaille Fields 1966) fonde le groupe écologiste et politique Survivre et vivre cette même année.

D’autres rapports suivent en 1972, comme le fameux Rapport Meadows établi par les modélisateurs du MIT Donella et Dennis Meadows sous le titre The Limits to Growth (en français “Halte à la croissance“, actualisé en 2004) qui exposait les conclusions du modèle World3, un modèle non linéaire de 150 équations quantifiant les principales boucles de rétroaction à l’œuvre dans le système terre (démographie, ressources, industrie, emploi, services, pollution, agriculture, usage des sols…) pour analyser les conséquences d’un mode de développement fondé sur la croissance. La conclusion de ce rapport énonçait déjà que, même avec des variantes du scénario moyen supposant un niveau irréaliste de progrès des technologies vertes sobres et économes, la recherche d’une croissance économique exponentielle ne pouvait conduire qu’au dépassement des limites matérielles et, de là, au phénomène dit d’effondrement (“overshoot and collapse”). Le premier rapport du Club de Rome, The Limits to Growth (Halte à la croissance ?), soulignait lui aussi la nécessité d’une croissance zéro dans un environnement fini.

Il reste qu’une telle évolution des sociétés, alliée à celle du climat, semblera utopique, en tout cas à contre-courant de l’évolutionnisme classique de type darwinien. Au début des années 2000, les partisans de « l’économie circulaire » et de « l’écologie industrielle » s’appuient sur ce concept de symbiose pour tenter de révolutionner la théorie économique. Isabelle Delannoy imagine une économie non polluante où le déchet d’une industrie devient la ressource d’une autre activité, où un produit fabriqué, une fois usé et recyclé, donne à nouveau le même produit. L’un des modèles évoqués est « la symbiose de Kalundborg », l’écoparc industriel d’une ville portuaire danoise où le surplus de gaz de la raffinerie apporte de l’énergie à la fabrique de plâtre, et la vapeur des chaudières de la centrale électrique alimente la raffinerie, dont les émanations de dioxyde de souffre fournissent du gypse pour le plâtrier. Dans L’Economie symbiotique, Isabelle Delannoy se réfère à des chercheurs tels que l’architecte américain William McDonough et le scientifique suisse Suren Erkman, ou encore à la fondation britannique Ellen MacArthur. Son modèle prétend sortir d’une société « extractiviste » qui épuise les ressources terrestres, pour adopter un écosystème de type symbiotique, dont toutes les composantes et activités seraient réintégrées dans les cycles écologiques naturels. Il se fonde sur la convergence de pratiques diverses telles que les fédère l’écoconstruction, l’économie régénérative, la permaculture, l’agro-écologie ou le biomimétisme, l’ensemble appelant une forme d’autogouvernance des biens communs.

Dans cette même perspective, notons également l’apparition de conceptions qui veulent apporter une note positive à celle d’un anthropocène générateur d’angoisses existentielles et d’effondrements historiques. Glenn Albrecht (2019) se projette de la sorte dans un « post-anthropocène », une “micro-symbiose”, au fondement de Gaia conçue comme résultante de milliards de micro-événements qui surgissent entre les organismes et en leur sein dans tous les recoins habitables de la planète. Cette conception rejoint un certain nombre de projections qui, au-delà de la perspective que dessinent la « sixième extinction » décrite par les scientifiques, suivie d’une éventuelle « septième extinction » (celle de l’humanité), recourt davantage à la méthode transdisciplinaire en renonçant à l’étude d’éléments isolés (individus, techniques, sociétés et communautés évoluant de façon anarchique, sans gouvernance planétaire) pour relier l’ensemble des composantes culturelles, physiques et biologiques et retrouver une symbiose, tout au moins potentielle, entre ces mêmes facteurs et acteurs.

 

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