Angl. Actor, player, agency

Etat, empire, international, société civile, système, transnational

Les acteurs des relations internationales couvrent des catégories multiples, qui vont des entités reconnues par le droit (États, organisations internationales intergouvernementales et non gouvernementales, associations statutaires, entreprises et sociétés commerciales, entités politiques et administratives infra-étatiques) aux entités non officielles comme les mouvements et réseaux sociaux, les médias, les associations de fait, les obédiences religieuses, voire l’opinion publique. Thierry de Montbrial (2002) regroupe ces dernières sous le nom d’ « unités actives », l’anglais parle parfois de « non officiel » ou « privé », comme dans Unofficial Commonwealth ou private sector, pour désigner la galaxie d’acteurs qui dépendent directement ou indirectement du droit étatique et interétatique.

On notera que certains acteurs sont difficilement classables, ne possédant pas de statut conforme au droit ou défini selon les normes juridiques communes.

Primauté de l’Etat

De ce complexe, la théorie prédominante des relations internationales, dite « réaliste », retient l’Etat comme acteur politique sinon unique, du moins central en raison de son statut juridique. Ses divers courants tiennent que les relations interétatiques suffisent à expliquer les RI et à établir les normes prescriptives qui les justifient. Souverains, les Etats actuels et leurs institutions répondent à la nécessité plutôt qu’au progrès social, à l’ordre interne plutôt qu’à la liberté, à l’équilibre des puissances plutôt qu’à la justice internationale ou cosmopolitique, à la sécurité interne propre à prévenir toute forme d’anarchie. La seule souveraineté interne implique toutefois la concurrence, voire l’hostilité des Etats confrontés à l’absence d’ordonnancement interétatique, c’est-à-dire à l’anarchie tout au moins potentielle de leurs relations. L’école réaliste en prend acte, qui asseoit la sécurité sur le seul fait de la puissance, ou sur d’éventuelles alliances entre puissances pour assurer la sécurité internationale, dans le but notamment de prévenir toute tentative d’un Etat d’imposer une forme d’hégémonie ou de menace la sécurité de ses voisins.

Cette conception, dite « pessimiste », se voit débordée ou contestée par :

  1. La signification même du terme « Etat », très polysémique et qui couvre, dans ses usages tout au moins, les Etats contemporains aussi bien que les empires. Les historiens qualifient d’Etat l’Empire chinois, autant que telle ou telle politie africaine traditionnelle disposant d’uns structure politique formelle (Balandier 1967). Cette focalisation découle d’une historiographie du XIXe  siècle soucieuse d’exalter l’État national ou dépréciant les périodes antérieures pour mettre en valeur les mérites de la construction étatique et, de là, de l’Etat-nation. D’autres historiens se détachent de cette généralisation et qualifient l’Etat-nation, voire l’Etat contemporain de « blip » ou de « parenthèse » dans l’histoire politique (Burbank and Cooper 2010).
  2. La complexité des relations mondialisées, non seulement entre les Etats mais aussi entre les sociétés et ce qui les constitue, propres à élargir la notion au-delà de la seule dimension politique et militaire des rapports entre puissances et ouverte à certaines formes d’ordonnancement supra-étatique. Certaines notions émergent alors, comme le « système international » et sa caractéristique complexe et plurielle, pour rendre compte du rôle diversifié des composantes politiques, mais aussi sociales, culturelles et idéologiques des sociétés dans la mesure où elles tissent des liens internationaux ou transnationaux. Il s’agit de reconstruire la théorie en fonction des composantes étatiques et nationales, mais aussi multilatérales et, dans une optique sociologique et économique, infranationales, internationales et transnationales. On notera que ce deuxième sens du terme international, par ailleurs mal formé car il signifie en réalité « interétatique », désigne les entités non étatiques regroupées en alliances, organisations ou fédérations issues de différents Etats.
  3. L’histoire des RI, dont rend peu compte la perspective réaliste, car les acteurs prédominants pendant des millénaires sont les empires et non les Etats, encore moins les Etats-nations. Les médiévistes, notamment, ont restitué la logique complexe des sociétés féodales, qui codifient les conflits et les encadrent par la recherche de conciliation entre les membres d’une même élite aristocratique. Le pouvoir est certes total, sinon totalitaire, mais évolue peu à peu pour laisser la place à des rapports sociaux diversifiés (économiques, politiques et judiciaires) où les aristocraties interviennent de moins en moins et qui s’organise dans le cadre de la communauté villageoise et dans l’autonomie des tenanciers vis-à-vis des maîtres. De façon générale, il va de soi que toute histoire est dépendante de ses choix théoriques, ou tout au moins thématiques, préalables. Buzan et Lawson (2016), par exemple, ont montré que la notion d’origine dépend de la théorie préalablement établie, car elle s’applique à un objet déjà conçu (l’Etat, la société, le politique, les relations internationales elles-mêmes) et sera théorisée dans ce cadre théorique. Ainsi, ces auteurs considèrent que le XIXe siècle voit naître la modernité mondiale (global), comme contexte structurant de l’ordre international contemporain. Pour d’autres, cette même origine se situe au XVIe siècle (système mondial moderne), au XVIIe (système des Etats souverains), au XVIIIe (structure des grandes puissances) ou au XXe (ordre mondial américain) (Hinsley 1967, Wallerstein 1983, Holsti 1991, Ikenberry 2011).
  1. D’autre part, la notion de frontière comme l’un des définitoires de l’Etat classique est tout autant un construit que l’Etat et que l’Etat-nation. Pour ces raisons, l’anthropologie politique a pu décrire, au sein de sociétés très semblables, des communautés sans Etat à côté de communautés de même nature dotées d’une structure étatique (Balandier 1967, 1985). En deçà de la strate étatique, la notion de frontière fluctue au gré de l’histoire et représente des réalités multiples qui ne s’arrêtent pas au politique, mais font appel aux ingrédients culturels et psychologiques, de la surface aux grandes profondeurs.

 

Sociologie des acteurs

Dans une perspective sociologique telle que l’ont développée Marcel Merle (1986, 1991), Joseph Nye (1971) ou Riss-Kappen (1995), les acteurs des relations internationales recouvrent les institutions et groupements formels civils ou armés, autant que les formations informelles et, à la limite, les individus dont le rôle est déterminant sur la scène internationale (Girard 1994).

Les individus ont toujours été acteurs dans les RI, mais ne sont devenus que tardivement sujets du droit international. Certaines pesonnages mythiques ou des personnalités prestigieuses ont joué un rôle déterminant, issus du monde politique (Alexandre le Grand, Qin Shi Huangdi, Moctezuma, Gandhi, Mandela, Gorbatchev), du monde religieux (les fondateurs de religions et leurs représentants, le Dalaï-lama, Mère Teresa), du monde des affaires ((Bill Gates, Warren Buffet, Ford), des milieux artistiques et de la communication (Edward Snowden), du sport ou de la mode. Par contre, les droits des individus n’ont reçu une reconnaissance juridique internationale que tardivement. Ils sont aujourd’hui protégés par plusieurs conventions internationales, à commencer par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et surtout le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels adopté en 1966 et entré en vigueur en 1976, tous deux adoptés par l’ONU. D’autres conventions internationales régissent les cas des migrants, des apatrides et des réfugiés, outre ceux des diplomates et des touristes sans oublier les mafieux, les terroristes et les criminels. Enfin, une évolution remarquable est due à la création de la Cour pénale internationale (CPI), qui possède cette capacité, certes limitée aux territoires des Etats membres, de condamner les crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocides commis non par les Etats, mais par des individus.  

Les acteurs collectifs non étatiques disposent d’un statut juridique accordé par un Etat ou une organisation intergouvernementale et sont, à des degrés divers, financés par les Etats. Le statut juridique peut spécifier la nature non lucrative de leurs objectifs et de leurs activités, ou au contraire des buts purements économiques, commerciaux ou financiers. Ces acteurs peuvent être totalement autonomes ou financés par des cotisations individuelles, ils peuvent agir en faveur de la coopération et de la paix, ou au contraire former des milices privées ou réseaux maffieux recourant à la violence dans leur propre intérêt ou dans celui d’autres catégories d’acteurs. Enfin, ils peuvent ête littéralement internationaux lorsqu’ils sont constitués de délégations nationales, ou transnationaux lorsque leurs membres ne représentent pas leurs Etats respectifs, mais agissent en tant qu’individus ou, autre cas de figure, en adversaires de l’ordonnancement interétatique.

Le transnational et l’universel

Plusieurs grandes religions sont un exemple édifiant d’acteurs transnationaux dont l’ambition est universelle et s’oppose directement à l’ordre politique imposé par les empires dans un premier temps, par les Etats plus récemment. L’islam sunnite, par exemple, établi à l’origine sur la structure politico-religieuse du califat bien que ne ne possédant pas de clergé hiérarchisé. Avicenne et Ibn Kaldoun (IXe et XIVe siècle) théorisent l’alliance entre la foi et la raison en une communauté de croyants (umma) régie par les principes fondamentaux de la théocratie, auxquels se réfèrent les constitutions des Etats majoritairement musulmans, comme l’énonce la Déclaration des droits de l’homme en islam adoptée au Caire en 1990 par les 45 membres de l’Organisartion de la conférence islamique (OCI) et qui considère la charia comme l’unique source de ces droits. L’une des explications des historiens des religions est que le judaïsme et l’islam contiennent des règles juridiques alors que l’Évangile n’en contient pas. On notera cependant que les écoles musulmanes non radicales cherchent à moderniser l’État et le droit tout en préservant l’essentiel de la religion, en introduisant au sein du tourath (le patrimoine islamique) la distinction entre le divin et l’humain et, au sein des versets coraniques, la distinction entre le circonstanciel et l’éternel.

L’Eglise catholique, autre exemple, a toujours refusé d’être répertoriée en tant qu’OING dans le Yearbook of International Organizations publié par l’Union des associations internationales (UAI), bien qu’elle soit régie par deux pouvoirs distincts juridiquement identifiables, l’Etat du Vatican et le statut associatif international de la hiérarchie papale. Cette structure double prolonge en quelque sorte la distinction augustinienne de la Civitas Dei et de la Civitas Mundi qui traduisent la séparation entre l’État et l’Église, où le pouvoir et la foi caractérisent deux sphères distinctes des convictions humaines et d’allégeances individuelles.

Question de terminologie

On a noté le flou des termes et le caractère parfois inclassable de certaines composantes du paysage international, tels que l’opinion publique, les médias, ou plus récemment le climat, qui se trouvent à la frontière entre acteurs et facteurs.

Le Dictionnaire des sciences humaines (2004) ne retient comme acteurs que les catégories sociologiques apparues dans les années 1980 :

– l’homo oeconomicus, acteur rationnel, censé détaché de tout affect, qui agit en calculant au mieux les avantages et ses coûts. C’est le modèle de l’individu égoïste et calculateur ;

– l’acteur stratège agit en fonction d’une certaine rationalité. Le sujet se contente d’agir de façon « raisonnable », qui dose le rationnel et l’affectuel ;

– le modèle plus récent enrichi d’une vision de l’individu incertain, en quête de lui-même et tiraillé par des motivations multiples, d’où sont issues les cnceptions de la pluri-appartenance, du post-moderne et du post-national, voire du cosmopolitique.

On pourrait pousser l’analyse plus loin et inclure la dimension affective, abordée par plusieurs chercheurs (Moisi 2008, Robin Hivert 2015) après les éclairages plus anciens de Sibony (1995) Toulmin (1990) ou Maffesoli (1992, 1996) sur la dialectique du rationnel et du raisonnable. Ou encore, la sphère de l’imaginaire, où les notions d’ordre international et de société civile internationale revêtent ou ont revêtu une charge idéologique et « empathique » (Rifkin 2001), selon le vocable contemporain. Depuis l'effondrement des régimes communistes et la fin de l'affrontement politico-symbolique qu'il signifiait, on a pu parler de l'accroissement de l'interdépendance des Etats, de l'émergence d'un monde unipolaire puis multipolaire, de la consécration du rôle des sociétés civiles sur la scène politique intérieure et internationale, de l'avènement d'un monde post-national ou post-international, voire assez naïvement de la « fin de l'histoire ». Avec la guerre du Golfe, on a cru voir s'installer le nouvel ordre international promis, fondé sur la condamnation de la force comme arme de la puissance et sur la norme du droit international. De nos jours, l’évolution des idées comme des événements irait plutôt vers le repli identitaire et la fragmentation des Etats, l’extension du pouvoir des acteurs économiques, le repli de la violence sur les structures internes des sociétés et l’implosion des conflits et, en réaction, le « retour de l’Etat » signalé depuis une vingtaine d’années (Merle 2002, Hall 2002), en réaction à ces diverses évolutions. L’autorité de l’ « organisation universelle » que devaient être les Nations Unies s’en trouve à nouveau affaiblie après l’échec de la Société des Nations, de même que la notion voulue elle aussi universelle des droits de l’homme, de plus en plus contestée par les revendications nationalistes et culturalistes.

On trouve ici les ingrédients multiples d’une sphère complexe de l’interlocution internationale et transnationale, dont Habermas (1966) avait rendu compte et qu’il reste opportun d’analyser, au-delà des realia, pour déceler les représentations et perceptions de la scène communicationnelle mondiale. Daniel Sibony (2001) s’est penché sur ses soubassements, des auteurs comme Joseph-Philippe Salazar (2015) ont reconstruit la rhétorique de certains de ses domaines. Il y a là toute une stratification, ou encore un champ spatio-temporel inexploré dont la logique dynamique interactive, c’est-à-dire la dialogique, a été esquissée au travers des notions de système, de catastrophe et de complexité dans ses dimensions planétaires. C’est un « énorme travail » (Bousquet 2012) que cela suppose, car si « le préalable requis demeure pour ces auteurs que la motivation d’un réel dialogue interculturel existe », l’exemple de la rédaction qui a sous-tendu la Déclaration des droits de l’homme en référence à des notions posées à priori comme universelles (droit, universalité, etc.) ne peut être un préalable comme ils le veulent, car précisément le « dialogue » établi depuis en 1948 et considéré comme équilibré dans sa dimension interculturelle ne l’est précisément pas, du fait de la forte prédominance des États occidentaux, c’est-à-dire du contexte culturel qui leur est propre – ce sont eux essentiellement qui proclamèrent les droits de l’homme, malgré la présence de Russes, d’Indiens et de Chinois.  

 

L’universel et le particulier

Ce sont les vagues successives de la mondialisation, des empires antiques aux empires coloniaux, qui universalisent l’institution étatique de conception européenne, ne serait-ce qu’en l’exportant (Canfora 2007), ce qui limite relativise la notion d’universalité. Le déclin des empires modernes y concourt, qui n’inclut la Turquie comme héritière de l’empire ottoman dans le « concert européen » qu'au congrès de Paris en 1856. Le premier congrès de la paix (conférence de La Haye en 1899) associe les États-Unis et le Japon aux puissances européennes, mais la Société des Nations (SdN), fondée en 1919, ne comprend que 48 membres, dont 42 fondateurs et dont 16 la quittèrent. Les Etats-Unis n’en étaient pas membre, et l’Union soviétique en fut exclue en 1939. Les Nations Unies, qui succédrent à la SDN, ne réunissaient pas plus de cinquante Etats à la conférence de San Francisco qui adopta sa Charte en 1945, avant d’en compter 193 sur les 197 reconnus (quatre Etats sont reconnus mais non membres : Palestine et Vatican (statut d’observateurs) et îles Cook et Nioué. On notera aussi le statut singulier du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), habituellement considéré comme organisation non gouvernementale, mais qui n’en est pas une au sens plein du terme. Si son champ d'action est universel comme celui des Nations Unies, il est de nature hybride car en tant qu’association privée constituée au sens du Code civil suisse, son existence ne découle pas en soi d’un mandat conféré par un gouvernement et ses fonctions et activités – apporter protection et assistance aux victimes de conflits armés – sont prescrites par la communauté internationale des États et fondées sur le droit international, en particulier sur les Conventions de Genève. Le CICR possède de ce fait, comme toute organisation intergouvernementale et certaines non gouvernementales au niveau national, une personnalité juridique internationale qui lui confère des privilèges et immunités comparables à ceux dont bénéficient les Nations Unies et autres organisations intergouvernementales, comme l'exonération d’impôts et de droits de douane, l’inviolabilité des locaux et des documents et l’immunité de juridiction. A ce titre, il s’est vu accorder le statut d’observateur à l’Assemblée générale des NU et d’un statut similaire auprès d’autres OIG, aprs avoir bénéficié d'un privilège unique en application de l'art 24 du Pacte de la SDN.

Si l’ONU peut enfin prétendre à l’appellation d’« organisation universelle », ce statut lui est de plus en plus contesté au XXIe siècle par les nouveaux nationalismes, notamment par les puissances émergentes (Brésil, Afrique du Sud) ou renaissantes (Chine, Inde, Russie), mais aussi par les Etats-Unis de Donald Trump.

L’Etat se redéfinit par ailleurs, à l’époque contemporaine, en fonction du complexe d’acteurs dont les nouveaux attributs juridiques sont reconnus par les Etats, mais qui à l’inverse s’imposent aux Etats dans le cadre du droit international contraignant, ou encore lorsque les Etats abandonnent une partie de leur souveraineté, comme c’est le cas dans l’Union européenne, au sein du Conseil de l’Europe ou face à l’abondance des normes commerciales qu’imposent les pratiques mondialisées d’un libéralisme débridé qui souvent s’imposent aux Etats.

L’école dite « idéaliste » qui se développa dans les années 60 sous l’influence de la pensée du président américain Wilson, qui en 1919 défendit l’idée que le monde westphalien n’est plus en mesure de maintenir la paix, propose la mise en place d’une organisation internationale qui assurer la sécurité collective, abandonne la culture politique archaïque fondée sur la diplomatie secrète. Selon cette école, l’avenir du monde doit se fonder sur la démocratie, l’Etat-nation, la fin de la conception patrimoniale de l’Etat et le démantèlement des empires. L’évolution actuelle tendrait plutôt à la démentir, dans la mesure où la mondialisation engendre de nombreux mouvements opposés qui accréditent la thèse d’un « retour de l’Etat », mais aussi des velléités impériales (Chine, Russie, Turquie), des vues nationalistes et ethnicistes, le protectionnisme économique, les barrières qui freinent les migrations et la circulation des personnes, autant de phénomnes qui fragmentent le monde plus qu’ils ne l’unifient. Si la notion de « système international » a toujours fait débat de fait du caractère anarchique des relations entre les polities et les sociétés, la notion de « communauté internationale » semble vidée de son sens, après la dévalorisation des idéologies politiques qui se voyaient forger l’homme nouveau, des proclamations qui prédisaient – faute de prévoir – la fin de l'histoire (de quelle histoire ?), l’illusion de la communication généralisée à la planète, l’inefficacité des politiques réformistes rendues vaines par l’accroissement des inégalités socio-économiques, enfin la faiblesse des réponses communes à l’annonce répétée du délitement du milieu terrestre.

L'Europe, construite sur le droit et sur la culture du compromis, apparaissait comme la pointe avancée d’un monde pacifié parfois présenté comme première ébauche d’un cosmopolitisme redescendu de l’idéal vers un devenir concret. Elle avait aboli la violence comme instrument de règlement des différends entre Etats et au sein des Etats, construit un modèle confédéral confinant au fédéral sur une pluralité culturelle et historique, montrant ainsi l'exemple au reste du monde. Mais l'Union européenne se trouve désormais confrontée à la remise en cause de sa propre cohésion interne sous l'effet de la crise économique, de la fatigue des opinions vis-à-vis des ambitions intégratrices et des menaces, dans la suite des crises migratoires et des réseaux terroristes, sur ce qui est l'une des manifestations les plus fortes d'unité, la liberté de circulation des personnes et la libre expression des idéologies permises par l’effacement des frontières, le dessein d’une frontière européenne commune et la recherche de ce construit éminemment contradictoire, dans son concept comme dans sa réalisation, qu’est une « identité plurielle ».


 

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