Angl. Transpolity

Cosmopolitisme, empire, guerre, politie, transnational

Rare en français, le terme « politie », qui correspond à polity, courant en anglais au sens d’entité politique, est utilisé par Jean Baeschler (2003) pour désigner « … un espace social de pacification tendancielle », alors que la transpolitie est « un espace social de guerre virtuelle », ou encore « un système d'interaction défini par au moins deux polities, qui, faute de dispositif et de procédures «  politiques », courent le risque de voir leurs conflits dégénérer en guerres » (2010). Dans sa sociologie de la guerre (voir notamment les exposés diffusés par l’Académie de sciences morales et politiques), il pose la question de la « transpolitie planétaire » en termes de polarité, selon ses déclinaisons di-, tri-, tétrapolaire, polypolaire ou oligopolaire. Dans son extension maximale, « la transpolitie mondiale reposant sur deux, trois ou quatre polities est possible et plausible ». Quant à la transpolitie polypolaire, elle n'est pas impossible, mais peu probable. Enfin, la solution oligopolaire est possible, plausible et probable. Les exemples cités sont, à l'horizon d'une ou deux générations, les États-Unis, la Chine, l'Inde, la Russie, l'Europe, le Brésil, l'Asie antérieure. L'Afrique, remarque-t-il, paraît devoir s'exclure du jeu pour une durée indéfinissable.

Sur le plan philosophique, la guerre est une réalité complexe qui se déploie dans plusieurs champs de la pensée et de l’action humaines et ne répond pas à des représentations consensuelles. Hobbes parle de la guerre de tous contre tous dans l'état de nature, Rousseau se la représente comme une relation non pas d'homme à homme, mais d'État à État. Plus récemment, Clausewitz considérait que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, utilisés lorsque la diplomatie n’aboutit pas. En deçà de ces considérations rationnelles qui n’engagent que des entités politiques, l’identification subjective et collective à une idéologie, une culture, une religion, la guerre renvoie à des formes de violence enracinées dans les strates biologique et affective de l’agressivité des individus, dont les sciences ne doutent pas de l’enracinement génétique, comme d’ailleurs de l’affection et de la compassion.

Les anthropologues sont cependant à la recherche de documents établissant des actes de violence individuels ou collectifs dans les époques préhistoriques. S’ils ont découvert d’assez nombreux skelettes portant des traces de violence remontant jusqu’à 150 à 200 000 ans, les traces de massacres systématiques sont moins nombreuses. Des traces de « guerres » préhistoriques, assez rares, ont cependant été découvertes sur les restes de chasseurs-cueilleurs appartenant à un même clan. La notion de guerre préhistorique entre tribus ou clans est dans ce cas rapprochée de la possession de biens ou produits au néolithique, au début de la sédentarisation et de l'agriculture, il y a 10 000 ans environ, selon une étude publiée dans Nature (2016) par Marta Mirazon Lahr et Robert Foley.

A partir de là, Jean Baeschler propose une sociologie de la guerre conçue comme conflit violent entre polities sur une transpolitie. Cette définition conceptuelle permet d'esquisser le programme et le plan de travail qui reposent sur deux problématiques distinctes, celle de la guerre et de la paix entre polities sur des transpolities, comme des voies et des moyens par lesquels s’exprime la violence des polities en guerre. « L'objectif étant de repérer des facteurs pertinents, l'entreprise ne peut réussir que par la comparaison entre occurrences historiques de guerres, en prenant en compte tous les contextes à toutes les époques » (2010).

 

Haut