Angl. Collapse theory

Esp. Teoría del derrumbe, del "colapso" 

→ Anthropocène, biodiversité, cosmopolitisme, écocide, mondialisation, universel

L’émergence de notions liées à l’évolution récente du climat, à la dégradation de la biodiversité et à l’épuisement des ressources de la planète a engendré la notion corollaire de collapsologie, qui étudie ce que pourrait être l’effondrement (ou collapsus, du verbe latin substantivé collabĕre, «  s'affaisser », repris par l’anglais collapse dans le sens d’« effondrement ») des écosystèmes comme résultante de ces divers phénomènes.

Ce dernier terme fut forgé en 2014 par Pablo Servigne et Raphaël Stevens à l’occasion de la publication de leur étude Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations (Seuil, 2015), qui recourt à la méthode transdisciplinaire afin de synthétiser en un modèle global l’évolution possible de la civilisation thermo-industrielle vers son épuisement. Cette forme de « transition », si l’on peut dire, pourrait selon les hypothèses envisagées être relativement brutale et se résoudre en un ensemble de catastrophes menant à un effondrement, ou au contraire se décliner de forme graduelle par un enchaînement de crises écologiques et économiques, de conflits et de guerres, d’une décroissance démographique et de pandémies dues à la raréfaction des ressources et à l’évolution du climat. On peut aussi postuler que la complexité des sociétés et des écosystèmes est à ce point vulnérable qu’un seul paramètre, comme le suggère Paul Jorion (2016) en le nommant « soliton », pourrait  telle une lame de fonds constituée de plusieurs vagues se superposer en une seule, dont l’impact serait d’autant plus dévastateur.

La perspective de l’effondrement n’est cependant pas nouvelle et fut annoncée par le Club de Rome, créé en 1968, qui annonçait dès 1972 qu’une catastrophe surviendrait vers 2030, selon le rapport Meadows (paru en français sous le titre Halte à la croissance?), commandé au  Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1970. Le colloque organisé lors du quarantième anniversaire du Club de Rome en 2012 donna lieu à la publication d’un rapport actualisé par la Smithsonian Institution et qui, en recourant à la même méthodologie que le rapport Meadows, confirma les conclusions de ce dernier. L’un des modèles systémiques évoqués, dénommé World3, est de type non linéaire et assemble 150 équations décrivant les principales boucles de rétroaction à l’œuvre dans le système terre (démographie, ressources, industrie, emploi, services, pollution, agriculture, usage des sols…) pour analyser les conséquences du développement fondé sur la croissance. Le rapport concluait que le scénario moyen entraînait déjà un niveau irréaliste de progrès des technologies vertes, sobres et économes, et que la poursuite d’une croissance économique exponentielle ne pouvait conduire qu’au dépassement des limites matérielles et, de là, au phénomène dit d’effondrement (“overshoot and collapse”). Le premier rapport du Club de Rome soulignait lui aussi la nécessité d’une croissance zéro dans un environnement fini. D'autres études étaient parues dans la même perspective, en envisageant d'abord la "démondialisation" et en prônant l'"antimondialisme" ou l'"altermondialisme" (The Collapse of Globalism, de John Saul Ralston, 2005, événements de Seattle en 1999 contre l'OMC, etc.), pour l'élargir par la suite à l'ébranlement de l'ensemble des sociétés de la planète en fonction d'études scientifiques de nature transdisciplinaire incluant la dimension écologique.

Notons qu’avant même que de tels événements se produisent, la prise de conscience récente, individuelle ou collective, de leur simple possibilité et, plus encore, de la menace qu’ils font peser sur l’avenir et la survie de l’humanité, suscitent des préoccupations, des peurs voire des angoisses dont la nature est analysée par les psychologues Loïc Steffen et Dylan Michot. Dans cette perspective, le psychothérapeute Pierre-Eric Sutter prépare le lancement d’un Observatoire de la collapsologie, dont le but sera de définir les effets psychologiques d’une telle prise de conscience selon des critères à la fois quantitatifs (proportion des individus alertés ou non) et qualitatifs (mesure de la reconnaissance ou du déni des faits constatés, fuite dans la croyance, décisions suivies d’actes concrets de nature écologique, etc.).

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 Source : Club de Rome, Smithsonian Institution

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