Angl. Cooperative

Esp. Cooperativa

Association, économie sociale, société civile 

« Nos enfants croiront avoir de l'imagination, ils n'auront que des réminiscences » 

Saint-Simon, cité par Henri Desroche, Pour un traité d'économie sociale, Ciem, Paris. 1983

La grande richesse des expériences dont se réclame la coopération comme la variété de ses sources doctrinales rendent malaisée toute approche d'un phénomène devenu universel. La plasticité de la formule associative, qui a pu s'accommoder de contextes sociopolitiques divers votre contradictoires, et la constance des idéaux qui animent ses acteurs font qu'on trouve dans le monde contemporain un nombre immense d'entreprises coopératives déployant leurs activités dans les domaines les plus divers et exerçant une influence parfois déterminante sur l'environnement social et économique.

Permanence et universalité du projet coopératif

Si le projet coopératif, comme le rappelle Goran Hyden (1985), est né du capitalisme du XIXème siècle en réaction contre la misère ouvrière qu'il engendrait, il se situe aujourd'hui à égale distance d'un certain libéralisme servant d'alibi aux égoïsmes individuels et d'un certain étatisme centralisateur qui empêche les gens de s'occuper de ce qui les concerne au premier chef.

A l'opposé du paternalisme et de la philanthropie, la coopération promeut les mêmes objectifs d'autosuffisance que vise la coopération dans son sens plus récent d'« aide au développement ». Elle retient de l'entreprise capitaliste le sens de la responsabilité indispensable pour assurer la fonction d'entrepreneur; elle retient du socialisme associationniste le sens de la solidarité dans les buts et les moyens, de l'entraide et de la justice sociale.

Les groupements coopératifs se réclament donc de l'univers associatif dans la mesure où ils en appliquent les principes de liberté d'association et d'action solidaire, en même temps qu'ils entrent dans le jeu économique en en adoptant les régies de concurrence tout en refusant de subordonner leurs objectifs au seul critère lucratif. Les célèbres régles énoncées par les 28 ouvriers tisserands de Rochdale, faubourg de Manchester, retrouvent de nos jours une nouvelle jeunesse. Ce qu'on appelait hier « économie sociale » a été rebaptisé par la nouvelle vague coopérativiste des noms de « mouvement alternatif », « tiers secteur » ou « nouveaux entrepreneurs ». Nourri de l'imaginaire communard et soixante-huitard et de bien d'autres expériences exaltantes, le mouvement coopératif a conquis ses lettres de noblesse malgré des relations parfois orageuses tant avec les syndicats - mais la contribution de la CISL est là pour nous démentir - qu'avec le monde de l'entreprise.

Aujourd'hui, dans un contexte économique et social instable, ses adeptes reprennent le flambeau de ce qu'ils veulent être une réussite à ces deux niveaux à la fois. Parallèlement à ses conquêtes, le projet coopératif a entamé un retour aux sources, sous l'impulsion notamment de l'Université coopérative internationale animée par Henri Desroche. La tradition des quatre régies de Rochdale - adhésion libre, pouvoir démocratique, répartition équitable des bénéfices et limitation du taux d'intérêt - s'en trouve revalorisée. La coopérative reste une association de personnes et non de capitaux, les intérêts de chacun étant dignes d'être servis. En second lieu, le pouvoir doit rester démocratique : un homme, une voix, quel que soit l'apport en capitaux. Troisième pilier : le profit revient aux coopérateurs, et le bénéfice apparaît comme une marge de sécurité qu'une saine fiscalité considère non comme un revenu, mais comme une avance de trésorerie consentie par le coopérateur à sa société. Enfin, les taux d'intérêts pratiqués dépendent en partie de l'efficacité de la gestion, la ristourne accordée aux coopérateurs constitue un signal qui les incitera à la vigilance.

Ces différentes règles forment, on le voit, un ensemble paradoxal fait de tensions qu'énumère Henri Desroche (1983) : entre une démocratie de délégation et une démocratie de participation, entre l'animation bénévole et l'animation professionnelle, entre l'assemblée générale et le conseil d'administration, entre cet exercice administratif non permanent et la permanence de la technostructure, entre la technostructure et le personnel, etc. Peut-être est-ce ce paradoxe permanent que représentent les coopératives qui fait que, en Union soviétique, ce sont elles qui ont le plus bénéficié de l'autonomie accordée par la réforme des entreprises. Les coopératives deviendront ici le facteur d'assouplissement et de décentralisation qui compensera les rigidités des plans d'Etat.

Dans les pays du Sud, même si les coopératives n'ont pu aboutir à la République coopérative dont rêvait Charles Gide, les solutions coopératives ont rendu de grands services en protégeant les populations de l'usure et du commerce de traite souvent étranger, en améliorant les méthodes agricoles ou en regroupant les travailleurs de petites entreprises de production autogérées. Les articles de Raymond Smyke et de M.G. Dayer. P. Nyamoya et M. Yadi nous fournissent des exemples éclairants de ce que peut être le mouvement coopératif africain malgré les échecs qu'il a subis par ailleurs (Bakuramutsa, 1979).

Le problème toujours délicat des rapports entre les coopératives et l'Etat a fait l'objet de deux études : celle du BIT, qui décrit l'appui accordé aux coopératives depuis une quinzaine d'années par la voie intergouvernementale, et celle de Giles Merritt qui commente une série d'études récentes consacrées au rôle des coopératives européennes dans le cadre des diverses politiques de l'emploi et à la question de l'harmonisation des législations de la CEE en la matière. Une étude plus approfondie des rapports entre les coopératives et l'Etat est parue sous la signature de Lord Oram (1986/1), coordonnée par S.K. Saxena, ancien vice-président de l'Union des associations internationales (UAI) et ancien directeur de l'Alliance coopérative internationale (AII). Le numéro précité comprenait aussi une étude portant sur les coopératives féminines dans le tiers monde, ainsi qu'une série d'articles relatifs à des aspects fondamentaux des réseaux coopératifs tels qu'ils sont implantés dans diverses régions du monde.

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