Angl. Commons, public common goods

→ Anthropocène, Cité, mondialisation

La notion de propriété privée portée par le libéralisme, mais aussi par la Révolution française de 1789 selon François Crouzet (2000), proclamait les principes de « liberté, égalité, propriété ». Elle hésite cependant depuis la constatation que les ressources de la planète s’épuisent et que l’évolution du climat compromet son avenir en l’absence de volonté politique d’y faire face dans le chef des Etats, mais aussi des acteurs économiques, depuis le recul des « communs » du Moyen Age et des époques antérieures. Les deux natures du droit – défense des intérêts individuels et défense des intérêts collectifs – se trouvent limitées dans un sens ou dans l’autre : les droits de pêche dans les océans, d’exploitation des resources naturelles sur la planète, les expropriations par l’autorité publique, les servitudes issues de la coutume ou confirmées par la loi et maints usages liés à la vie sociale.

Dans l’ordre international, le système interétatique classique qui translatait le premier type de droit (intérêt et sécurité de l’Etat dans une optique censée fondée sur la raison et l’équilibre des puissances, recours à la force et maîtrise des territoires où sont situées le ressources) est tout autant remis en question. La mondialisation dans ses diverses dimensions : culturelle, économique, politique mais aussi écologique se vide de sens si l’on s’en tient aux notions classiques telles que « croissance » ou « développement » de chacune des sociétés, comme de l’ensemble de celles-ci. La réduction de la biodiversité et la généralisation des monocultures, la pollution des mers et l’appauvrissement catastrophique de la vie marine, l’extension des pandémies, l’instabilité du système financier et monétaire international renvoient tous à la notion de biens publics mondiaux. Marie-Claude Smouts (2002) remarque que « un certain nombre de secteurs sont qualifiés sans ambages de « biens publics mondiaux » comme si la chose allait de soi ; par exemple, « la biodiversité, l’atmosphère, les eaux internationales et la recherche mondiale pour l’agriculture et la santé », ou bien encore « la stabilité économique internationale, la stabilité politique internationale, l’environnement international, l’aide humanitaire internationale, la connaissance ». Des notions telles que la santé, la qualité de vie ou la signification du PIB évoluent, pour être requalifiée comme le propose Pierre Calame (2009) en quatre catégories :

- les biens se détruisant en se partageant, ou biens communs impartageables qui appellent une protection sévère : haute atmosphère, climat, patrimoine bâti de l’humanité, écosystèmes remarquables, biodiversité globale

- les biens se divisant en quantité finie, limitée, partageables sous surveillance publique : énergies fossiles, sols, eaux

- les biens se divisant en quantités indéfinies, accessibles par le marché avec traçabilité : biens industriels, technologiques, services aux entreprises, à la personne

- enfin les biens se multipliant en se partageant, qui appellent gratuité, mutualisation et réciprocité : connaissances, expérience humaine, capital méthodologique, capital social, biodiversité locale, lesquelles appellent l’adoption de méthodes d’analyse et de gestion renouvelées.

Parmi celles-ci, deux questions de première importance, l’évolution du climat et les communs numériques, sont au centre des recherches d’Orstom et de Williamson, lauréats du prix Nobel d’économie en 2009, qui posent la question de l’efficacité des systèmes de gouvernance polycentriques pour les communs locaux et espèrent que des structures pourront être conçues à l’échelle mondiale, pourvues d’institutions transnationales capables de réglementer le comportement des entités qui les composent. Leur plus récent travail, en collaboration avec Charlotte Hess, concerne la production et le partage des savoirs à l’ère numérique (Cardenas 2016).

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