Angl. Climate (change)

Anthropocène

Le climat n’est entré que récemment dans la perception de l’état du monde et du système des relations internationales. Cette évolution est due aux recherches d’acteurs non étatiques, dans ce cas essentiellement les associations, centres et réseaux scientifiques (et notamment le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, GIEC/IPCC), dont les publications démontrent le rôle central de l’homme dans l’évolution du climat, et donc de la planète, depuis une date certes variable, mais dont la signification est homogène. L'archéologie et la paléontologie  ont décrit les cycles d'alternance entre refroidissement et réchauffement du climat, selon l'orientation de l'axe terrestre, sur une période de 2 millions d'années, dont la dernière période interglaciaire de -130.000 à -115.000 ans et la fin de la dernière glaciation en -12.000 ans. Les études actuelles, notons-le, se centrent sur le réchauffement, qui ne doit pas faire oublier les périodes où le climat a pu se refroidir, comme au Proche-Orient du 16e siècle au moment de la conquête ottomane, extrêmement rapide, qui s’est accompagnée du refroidissement du climat, lequel a influencé la situation de la Méditerranée autant que la guerre ou la politique, les migrations bédouines et l’urbanisation dans une région alors sous-peuplée.

Selon une étude de Past Global Changes 2K (Abram 2016), les effets de l'anthopocène seraient apparus aux environs de 1830, dans l’Arctique, où les chercheurs datent de 1831 les premiers écarts avec la variabilité interannuelle, et dans les océans tropicaux (entre 1828 et 1834) et, deux décennies plus tard, dans les zones terrestres de l’hémisphère nord (Amérique du Nord, Europe et Asie, entre 1847 et 1852), avant de s’étendre au début du XXe siècle à celles de l’hémisphère sud (Australasie et Amérique du Sud, entre 1896 et 1904) à l’exception de l’Antarctique, où les données ne révèlent toujours pas la présence du réchauffement, ce qui pourrait s’expliquer par la circulation circumpolaire (remontées d’eaux océaniques froides). D’autres dates sont proposées : 1945 pour l’ICS en raison de la première explosion d’une bombe atomique, de la concentration d’éléments radioactifs dans les roches et les sédiments et de la montée en flèche de la consommation de ressources naturelles; 1784 et la machine à vapeur pour d’autres chercheurs ; 3000 ans a.c.n. pour William Ruddiman (2014), avec la domestication du riz en Asie et la concentration de méthane (CH4) qui en serait résultée ; voire il y a 40.000 ou 50.000 ans, losque homo sapiens a déclenché l’extinction de la plupart des grands mammifères de l’Ancien Monde et la modification des paysages. A cet égard, homo sapiens contribue largement à la sixième extinction des espèces, après s’être imposé comme la seul espèce humaine depuis la disparition de Néandertal, Denisova (Sibérie), homo naledi (Afrique du Sud) et homo floriensis (Indonésie) et métissage génétique occasionnel, avant cela, depuis environ -100.000 ans.

Dans tous les cas, c’est la notion d’anthropocène qui émerge et consacre la complexification en même temps que l’unification de l’évolution d’un ensemble où l’humanité et l’écosystème deviennent interdépendants.Le phénomène remonte selon Crutzen à 1800 avec l'avènement de la société industrielle, caractérisé par l'utilisation massive des hydrocarbures, lorsque la concentration de CO2 dans l'atmosphère était alors de 283 parties par million (ppm). L'accumulation de ce gaz à effet de serre a été marquée par une accélération subite depuis 1950, date d'entrée dans la " phase II " de l'anthropocène. Le CO2 était alors à 311 ppm. Il atteignait 379 ppm en 2005 et 400 ppm en 2015.

L’accumulation et la cohérence des constats scientifiques, notamment du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) conduisit à de nombreuses réunions internationales, dont celle des Etats-parties (près de 200) à la convention-cadre des Nations unies sur l’évolution du climat à Paris (COP21), conclue le 12  décembre 2015 par un accord sur la nécessité de restreindre le réchauffement du climat sous le seuil des 2°C au-dessus des niveaux préindustriels, voire de limiter l'élévation des températures à 1,5  °C. Les Etats ne se sont toutefois engagés (2016) qu'à des réductions de leurs émissions de gaz à effet de serre correspondant à un réchauffement d'environ 2,5°C, qui déjà provoquerait des catastrophes en série. Peu décidés à se donner davantage de moyens politiques, ils se sont par ailleurs reposé sur un futur rapport du GIEC sur la question du 1,5  °C, soit à sa réunion plénière d’octobre 2016 à Bangkok, qui elle-même renvoie la rédaction du rapport à 2018.ce fut la surprise des négociations de l'accord de Paris, adopté le 12  décembre 2015. Alors que contenir le réchauffement en cours sous le seuil des 2  °C au-dessus des niveaux préindustriels semble déjà presque impossible, la communauté internationale avait ajouté un objectif secondaire, plus ambitieux encore. Il faut, précise en effet le traité, contenir "  l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2  °C par rapport aux niveaux préindustriels  ", mais aussi poursuivre l'action "  pour limiter l'élévation des températures à 1,5  °C  " de réchauffement.

Rappelons que les Etats-parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ne se sont jusqu'à présent engagés qu'à des réductions de leurs émissions de gaz à effet de serre mettant le climat terrestre sur la voie d'un réchauffement d'environ 2,5°C – nous propulsant dans un monde où un été comme celui de l'année 2003 deviendrait relativement banal en Europe. Sauf à imaginer l'émergence rapide et inattendue d'un gouvernement mondial totalitaire d'obédience écologiste, on comprend que cette fameuse cible de 1,5  °C tient au mieux du rêve, au pire de l'aimable supercheri

Il apparaît donc que, globalement, les Etats se complaisent, confortés par l’inertie des acteurs économiques, dans une forme de déni de réalité, ou encore dans le mythe d’une limitation des températures à 1,5  °C dès à présent jugée comme impossible par les experts, alors que ce seuil est presque atteint en  2016 et que l'hémisphère Nord voit s'accumuler et se multiplier des événements climatiques extrêmes indubitablement liés à l’évolution du climat (Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) américaine, les inondations de Louisiane ne devraient se produire que tous les 500 ans, et l'ouragan Sandy, qui précipita l'Atlantique dans les rues de New York en  2012, ne devait se produire que tous les 700 ans. A Moscou, les pluies de 2016 sont telles que le cumul des précipitations est proche du double du dernier record, établi en 1886. Depuis le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris, les prévisions empirent : selon le rapport de Climate Analytics et al. (2017), ce pays rejetteraient 0,4 gigatonnes supplémentaires de dioxide de carbone chaque année en 2030 par rapport aux prévisions antérieures. Ce supplément augmente si les EU renoncent au plan d'action pour le climat (Climate Action Plan) créé par le gouvernement précédent sous Obama en 2013, mais non encore appliqué intégralement, à raison de 1,8 gigatonnes en 2030, soit 31 % des rejets américains de 2005. 

La saisine du GIEC par les Etats signifie dès lors que ceux-ci alimentent en toute irrationalité les diverses formes d’un mythe : limitation volontaire des températures, existence d’un délai et des moyens nécessaires pour y parvenir, et en fin de compte la possibilité pour l’humanité de s’y adapter.

 

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