Préface du vadmecum par Louise MUSHIKIWABO Secrétaire générale de la Francophonie

7e Document de suivi du Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales

Préface

Forte de ses 88 États et gouvernements membres, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est, à plusieurs titres, une actrice majeure des relations multilatérales. Orchestrant une coopération solidaire et multisectorielle entre ses membres, elle anime leur concertation politique autour des grands sujets de l’agenda international qui constituent autant d’enjeux pour l’avenir de nos sociétés : respect des droits de la personne, maintien de la paix, égalité entre les femmes et les hommes, réduction de la fracture numérique... Elle entretient un dialogue constant avec les autres organisations encadré par une quarantaine d’accords formels.

L’OIF est à cet égard une observatrice privilégiée des activités et du fonctionnement du système international, depuis son siège à Paris, et à travers ses quatre représentations permanentes situées à Addis-Abeba, Bruxelles, Genève et New York. Depuis Antananarivo, Bucarest, Dakar, Hanoï, Libreville, Lomé, Port-au-Prince, Québec et bientôt Tunis et Beyrouth, nos organes subsidiaires et représentations extérieures nous permettent également de suivre les évolutions d’autres organisations multilatérales ou d’intégration régionale et sous régionale.
En tant que Secrétaire générale de la Francophonie, j’ai la ferme conviction que la vitalité et l’efficacité du multilatéralisme et de la coopération internationale sont étroitement liées à la mise en œuvre d’un multilinguisme effectif et respectueux de la diversité culturelle du monde.

Je suis fière de constater que le plaidoyer que je porte pour la diversité linguistique sur la scène internationale rencontre un écho de plus en plus large auprès des dirigeants des organisations elles-mêmes, comme des Chefs d’État et de gouvernement membres de la Francophonie. Ce plaidoyer est au cœur de la promotion de la langue française dont j’ai fait l’une des grandes priorités de mon mandat.

La langue française reste le fondement de notre Organisation et le lien qui unit ses membres. Avec un regain d’effort, elle aura un bel avenir devant elle, grâce notamment à la progression constante du nombre de ses locuteurs comme du nombre de ses apprenants. Mais nous devons rester vigilants : de la même manière qu’il nous faut soutenir nos membres pour qu’ils offrent une éducation de qualité en langue française, de la même manière qu’il nous incombe de promouvoir l’enseignement du français partout dans le monde, nous devons veiller à ce que le français reste très présent et utile à l’international, permettant ainsi à tous nos États et gouvernements de faire valoir leurs positions et de contribuer à la stabilité du monde, dans cette langue qui est officielle et de travail de nombreuses organisations.

C’est la raison pour laquelle, dans le cadre du Groupe de travail des Instances de la Francophonie consacré à la langue française que j’ai créé et que j’anime régulièrement, j’ai mis en place un Dispositif de veille, d’alerte et d’action en faveur de la langue française et du multilinguisme dans les organisations internationales. À mon invitation, les Ministres chargés de la Francophonie des États et gouvernements membres de l’OIF ont désigné un point focal chargé de la mise en œuvre de ce dispositif au niveau national.

Par une action coordonnée de tous les acteurs concernés, je souhaite en effet qu’on mobilise plus efficacement la communauté francophone, afin de faciliter le partage d’informations et la concertation pour assurer une veille permanente au sein des organisations internationales. Et je me dois de rappeler que la responsabilité de veiller au respect des engagements souscrits en matière de multilinguisme est collective, partagée par les États et gouvernements francophones et par les enceintes internationales. À travers ses représentations extérieures, comme depuis Paris, l’OIF prend sa part de responsabilité : elle est mobilisée dans un plaidoyer fort qu’elle mène à tous les niveaux, ainsi qu’à travers différentes activités, parmi lesquelles le renforcement des compétences en langue française des diplomates et fonctionnaires nationaux et internationaux, le renforcement des capacités des services de traduction et d’interprétariat et l’animation des Groupes d’ambassadeurs francophones (GAF) et des réseaux de fonctionnaires internationaux.

Nous devons redoubler d’efforts car, comme le montre ce 7e document de suivi du Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales, notre ambition de faire « reculer le recul du français », n’est pas encore une réalité : les moyens alloués à la traduction et à l’interprétation ne sont pas à la hauteur des enjeux, les processus de recrutement privilégient de plus en plus le recours à une seule langue, le travail quotidien des services et les réunions préparatoires des grandes négociations internationales se déroulent trop souvent sans possibilité de choisir la langue que l’on maîtrise le mieux. Même à l’Union européenne, qui partage 19 de ses membres avec la Francophonie et dont une infime minorité de ses 447 millions de citoyens s’exprime quotidiennement en anglais, c’est toujours la forme internationalisée de cette langue qui sert de médium de communication courant.

La tendance à l’unilinguisme reste forte, et la crise sanitaire que nous traversons, parce qu’elle a multiplié les réunions à distance sans possibilité d’interprétation, a encore mis en lumière cette situation. Plus que jamais, face à cette crise et à tous les autres défis économiques, sécuritaires, climatiques auxquels le monde est confronté, la réponse globale et solidaire de la communauté internationale ne peut s’exprimer que dans plusieurs langues. La diversité linguistique, en plus d’être un formidable vecteur d’innovation et d’inclusion, est le gage d’un multilatéralisme fort et efficace. Alors, mobilisons-nous davantage, ensemble !
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Louise MUSHIKIWABO
Secrétaire générale de la Francophonie

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